La prison: l'école du crime
Interview avec René Frégni, écrivain et animateur des ateliers d'écriture dans les prisons de la région PACA.
M.Frégni, vous avez choisi de proposer des ateliers d'écriture dans le milieu carcéral, pourquoi avoir choisi ce public?
J'ai commencé à animer les ateliers d'écriture à l'époque où Jack Lang était ministre de la culture. J'avais écrit à cette époque un roman: « les chemins noirs » et toute la première partie de mon livre traitait de la vie en prison. J'avais moi même commencé l'armée en passant 6 mois en prison pour désertion et au ministère on avait voulu que j'anime ces ateliers puisque je connaissais le milieu carcéral.J'ai donc commencé à la vieille prison d'Avignon.
Qu'est-ce qui vous touche le plus dans les écrits des détenus?
Ils ont une capacité à faire rentrer le monde en prison. Par exemple, ils s'emploient à rester en contact avec l'extérieur en évoquant le monde végétal, les femmes. Le fait d'écrire sur des sensations leur permet de rester en contact avec le monde extérieur, en se concentrant ils retrouvent le goût des choses.
Comment se passent les premières rencontres?
Au départ, ils viennent par curiosité voir l'écrivain, celui qui est crédible puisqu'il a publié déjà quelques romans. L'ambiance est conviviale, on boit un coup, on parle de l'extérieur des matchs de foot, de l'OM. C'est très vivant. Donc dans un premier temps c'est la curiosité, pour d'autres c'est le moment d'affirmer un style, de produire un journal intime. Ceux qui ont été abandonnés par leur femme, par leur copine, qui n'ont souvent plus que leur mère, ceux là viennent pour correspondre avec quelqu'un, écrire pour quelqu'un.
Y'a-t-il des sujets tabous que l'on ne trouve jamais dans les écrits?
Le seul sujet tabou est celui de la pédophilie. Ceux que l'on appelle les pointeurs sont isolés et restent entre eux. Mais à part ce thème là, tous les autres sujets s'écrivent.
Que pensez-vous du sytème carcéral aujourd'hui? Est-ce que vous militez vous-même dans des asssociations pour défendre les droits des détenus?
Je fais des conférences sur le sujet, j'interviens parfois avec l'Association Génépi, ou pour l'Observatoire des Prisons. Ce que je trouve important de dire c'est que la prison est l'école du crime. J'ai animé des ateliers dans des prisons pour mineurs. Ils ont de 14 à 16 ans et pendant cinq ans, leur seul intérêt est de regarder la télévision. Pendant cinq ans ils ne vont regarder que les séries américaines avec toute la violence que cela comporte: on reforce le côté criminel et on détruit l'homme. Dans les prisons, il faudrait plus de professeurs, plus d'nstits, de la peinture, des arts et même pouvoir apprendre un métier. Il faudrait pouvoir construire ces minots au lieu de les détruire.Quand j'animais ces ateliers j'étais obligé d'aller les chercher dans leur cellule, de les réveiller, ils avaient regardé la télé jusqu'à 3h du matin, ils étaient drogués de télé, drogués de violence.Les jeunes refusent de plus en plus de sortir au moment de la promenade, si un film a commencé ils préfèrent rester devant la télé. Il faut absolument transformer le caractère de la prison, on ne peut pas enlever les murs car il sont nécessaires mais il est urgent de transformer l'intérieur.
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